Journal de bord de Fatherland
par Fabienne Babe
publié dans Cinématographe (mai 1987)
 
   

9 août
Coup de téléphone de Margot Capelier pour rencontrer Ken Loach le lendemain à dix heures. Pour la première fois peut-être, j'arrive à l'heure. Je devance même Ken Loach dont j'entends les pas dans l'escalier quand je sonne chez Margot. Elle nous laisse dans son salon, en tête à tête. On discute pendant une demi-heure. Il ne me dit rien du film, si ce n'est que l'actrice qu'il cherche ne doit pas être trop grande, l'acteur masculin ne dépassant pas 1m72. Nous parlons politique aussi. A la fin de l'entretien, je me sens fatiguée d'avoir tant parlé anglais, pourtant j'aimerais rester là entre Margot et ce metteur en scène que je rencontre pour la première fois. Avec un sourire contraint, je les quitte. Ne plus penser à cette entrevue. Ne pas attendre accrochée au téléphone un coup de fil incertain. Je passe la journée à me balader dans Paris. Je veux m'acheter des lunettes noires.

20 août
Six heures du matin. Je vais passer une audition à Berlin pour le film de Ken Loach. Je prends le premier avion avec des hommes d'affaires cravatés et chargés d'attachés-cases, l'oeil endormi. C'est la première fois que je vais à Berlin... A l'aéroport, je saute dans un taxi et montre au chauffeur l'adresse de la production. L'adresse que j'ai notée est incorrecte. Le chauffeur me parle, je ne comprends pas un mot d'allemand. Ca commence bien ! Quand enfin j'arrive à la production, Ken est là, souriant et fatigué. Je suis si contente d'être là que je n'arrive pas à être angoissée à l'idée de passer l'audition. Tant pis si ça ne marche pas ! j'aurais vu Berlin. Audition avec Gerulf, jeune chanteur berlinois dont le visage est enfoui sous une barbe. Plus tard dans le taxi qui nous emmène à Berlin-Est, Ken me propose le rôle. Je ne sais toujours pas en quoi il consiste mais je... je n'arrive pas à trouver les mots, je le regarde avec un grand sourire, j'espère qu'il comprend la joie qu'il me fait.
De nouveau dans l'avion pour Paris.Les hommes d'affaires sont là. Je lis le scénario qui a pour titre "Fatherland". Je découvre que mon personnage s'appelle Emma, elle est journaliste et cherche un ancien nazi qui a envoyé sa mère dans le camp de concentration de Ravensbrück. Gerulf joue le rôle de Dittemann. Je reviendrai à Berlin pour tourner ce film.

17 octobre
Arrivée à Berlin, direction Hotel Kempinski. C'est là que réside l'équipe anglaise, Ken Loach, Ray le producteur, Kris Menges le cameraman... Premiers pas sur la Kurfurstendamn Strasse, les Champs-Elysées berlinois.

29 octobre
Plusieurs jours à Berlin sans écrire. Le tournage a commencé. Premiers contacts avec l'équipe du film, en majorité des Allemands. J'ai eu le temps aussi de visiter le Reichstag et le musée d'Art Moderne et de passer des moments au Einstein Café où je croise Sami Frey, toujours aussi beau et toujours perdu dans ses pensées. J'ai fait aussi quelques aller-retour à Berlin-Est, dîné avec Ken et Gerulf plusieurs fois. On fait connaissance.

30 octobre
Dernière journée à Berlin. On ne tourne pas aujourd'hui. Toute l'équipe se prépare à partir en Angleterre où le film doit se poursuivre. Voyage de deux jours : car, train, bateau jusqu'à Cambridge. Tout le monde est très excité à l'idée d'un long voyage en groupe. Moi je vais regretter Berlin. Quatorze heures. Déjà ! Le car attend devant l'hôtel. Je suis assise près de Ken et Gerulf. Je n'ose pas leur parler. Mon anglais me semble horrible, incompréhensible. On passe la frontière. Bye bye Berlin.

31 octobre
Soirée télévisée dans un dernier hôtel allemand. Le film "Horror Picture Show" au programme. Chouette ! Après une nuit passable, journée mouvementée en train. Le voyage Emma-Dittemann commence. Il faut sortir la camera à toute vitesse. Nous avons à peine une heure pour filmer. Nuit à Ostende dans une grande chambre où j'ai froid. Est-ce la solitude ou la proximité du large ?

1er novembre
Sur le bateau... Le voyage reprend son esprit aventureux. On sort la caméra des soutes. J'ai le plaisir d'être filmée le nez rouge et les cheveux plats comme le pays d'Ostende. Les scènes sont quasiment muettes et Ken nous filme de dos comme il aime bien le faire. Je m'imagine jouant dans un film muet, nos deux silhouettes zigzagant sur le pont du bateau, moi portant un énorme gouda acheté à Ostende. J'ai du mal à suivre Gerulf. C'est drôle de jouer ces scènes. En général, à la fin d'une scène, je ferme les poings et maudis ma façon de jouer. Mais là Ken est merveilleux, attentif, directif et il nous filme presque sans qu'on s'en aperçoive. Il y a quelque chose de très naturel dans sa façon de filmer. De plus il éloigne du plateau tout regard indiscret et nous incite à improviser. Compliqué pour deux étrangers qui ne maîtrisent pas vraiment l'anglais.
Arrivée à Douvres. Nous nous jetons sur un snack, nous n'avons rien avalé de la journée. J'adore les sandwiches anglais grillés, croustillants, avec un chocolat chaud pour que le goût paraisse plus bizarre. On attend plus de trois heures que les camions avec le matériel passent la douane. Ken piétine avec son éternel sourire de rêveur, Kris garde son calme, les autres s'installent avec des revues où ils peuvent. J'achète le Monde qui date de la veille.
Arrivée à Cambridge, au "Post House Hotel" dans les sourires et la fatigue. Un repas nous attend offert par Ray qui revêt pour l'occasion une jolie veste de
producteur. J'ai encore une grande chambre. C'est si calme ici. Qu'ai-je dit ? Calme ?A cinq heures du matin, sans prévenir, des appareils sanitaires (je n'ai pas su définir lesquels) se mettent en marche et me réveillent en sursaut. Je rêvais de morts, de trahisons, où se trouvaient mon frère et ma soeur. Je ne devrais pas écrire ça, j'ai peur de rendre ces visions trop réelles.

2 novembre
Lever à sept heures comme à l'école il y a quelques années. Petit déjeuner rapide car je dois me maquiller moi-même. La maquilleuse est restée à Berlin. Je suis si maladroite : impossible de me faire un nez fin, il vaut mieux que je le laisse en paix. Première scène en Angleterre où Dittemann et Emma arrivent à un hôtel à Cambridge. Je dois conduire la voiture qu'ils ont louée à Douvres. Je m'exerce avant le début du tournage à conduire à gauche avec Peter (il fait partie de l'équipe allemande) qui ne m'incite pas à faire des erreurs de conduite.
Après je les emmène tous dans ma Cadillac bleue, Gerulf, Ken, Kris, David, Karl l'ingénieur du son, la caméra fixée à l'arrière. J'ai peur de provoquer un accident à cause de Ken, quelque peu terrorisé, qui me répète "gently, gently". Il nous filme sur l'autoroute. Je ne comprends rien, je ne comprends que plus tard dans l'après-midi. Ca me fait penser au personnage de Beckett, Camier, à la fois vif et lent. Comme si on pouvait avoir envie de ressembler à un personnage beckettien. Pouah ! Je passe la journée au volant de la voiture, Gerulf fume cigarette sur cigarette à mes cotés. Pendant ce temps, Ken met en place une trentaine de figurants. C'est un plaisir de regarder travailler Ken. La journée passe, je mange des sandwiches. Il faut que je cesse. Emma ne peut pas grossir dès qu'elle met un pied à l'étranger. Je suis contente que la journée se finisse. Fatigue, rêves désagréables toujours plus ou moins présents. A la télé ce soir, un film avec Farah Fawcett. Ou est-ce une publicité pour un dentifrice ? Elle rit tout le temps et a les dents si blanches. Je mange une pomme et bois un chocolat chaud composé de poudre chimique. Il y a une bouilloire dans chaque chambre. En Angleterre, on doit pouvoir prendre un thé à n'importe quelle heure ! Rêves étranges de mort, de famille, que je ne m'explique que par rapport au film et aux camps de concentration. Ces drôles de rêves ont commencé à Berlin. Je les écris pour ne pas les oublier, ils peuvent m'être utiles pour des scènes.

3 novembre
Jour "off". Pas de tournage aujourd'hui, je dors onze heures d'affilée. Puis je décide d'aller faire un saut dans la piscine de l'hôtel et de m'exercer aux appareils de musculation. Quel effort ! Ce n'est pas facile de voir son corps éclairé au néon, de marcher en maillot de bain la peau si blanche sous les regards inconnus. Hop dans l'eau ! Puis jacuzzi et sauna. L'après-midi je vais découvrir la petite ville de Cambridge. Je rencontre Ken par hasard au moment où j'achète du chocolat. Il éclate de rire. C'est incroyable que Ken me surprenne à ce moment, lui qui adore manger du chocolat sur le plateau.

4 novembre
Réveillée vers cinq heures du matin. J'ai peur d'être fatiguée toute la journée ; je jette un coup d'oeil à ma chambre, quel désordre ! Pulls, chaussettes, bouquins, traînent partout. Avant je craignais de dévoiler mon espace intime aux femmes de chambre. Maintenant ça m'est bien égal ou plutôt quel plaisir de personnaliser sa chambre. Breakfast anglais, of course, oeufs et bacon, mon petit déjeuner préféré. Je suis prête à sept heures et demie, je ne me maquille plus. J'attend jusqu'à onze heures plour tourner la "scène du téléphone" avec Andrea, la première assistante de Ken qui joue ma mère. J'ai l'impression que les rôles sont inversés, que je joue la mère et elle la fille. J'hésite entre une conversation amicale mère-fille ou une conversation franche espionne-chef de réseau. Je suis la première relation mais voudrais aussi jouer la seconde. Ken a l'air content, il me montre juste quelques gestes qu'il veut que je reprenne.
Deuxième scène... J'ai l'impression d'être une marionnette, un bonhomme comique en face de Gerulf. Ken lui demande de ne pas sourire. Il n'y arrive pas. Je suis comme "un courant d'air frais qui le déconcentre" dit-il. Un courant d'air, certainement, je joue la scène à toute vitesse, j'avale les mots, je ne prononce pas la moitié des phrases correctement. C'est tellement mieux quand je prends mon temps pour jouer. Ken me donne des idées de comédie, je devrais y penser moi-même. Je lui demande de faire une nouvelle prise, c'est la première fois que j'ose le demander. On refait cinq prises. L'ai-je dèjà dit ? Il est merveilleux.
Ce soir, je lis une nouvelle de Pynchon,"Sous la rose", une histoire tordante d'agents secrets. Ca me va très bien ces jours-ci. Plus tard... Il est vingt-deux heures, une voix anglaise chante dans le poste de télé et un bain chaud moussant m'attend. Good night !

5 novembre
Nuit sans cauchemars ! Journée merveilleuse. Je suis en pleine forme. Nous devons jouer les "scènes de détectives" comme je les appelle. Emma et Dittemann surveillent la poste de Cambridge pendant quelques jours à la recherche d'un signe du père et pour cela ils changent souvent de costumes. J'ai un large chapeau gris que je m'amuse à porter à la Humphrey Bogart. C'est dur de jouer au détective sans faire le détective. Ken veut qu'on insiste plus sur les rapports personnels entre Dittemann et Emma et moins sur l'objet de ma mission.
Ce soir, souper avec Ken, je ne peux pas manger tous les soirs dans ma chambre. Trevor Griffiths, le scénariste de "Fatherland", nous rejoint. Nous échangeons quelques mots sur le personnage d'Emma.

8 novembre
Scène "d'explications " entre les deux personnages. On pourrait la jouer comme au poker, je n'y pense pas. Je veux me servir de Marguerite Duras ("La Douleur"), de Beate Klarsfeld, de ma mère, de "Nuit et Brouillard" de Resnais. Ken trouve la scène "good, strong". Qu'est-ce qu'il veut dire ? Je voudrais aborder la scène de différentes façons mais j'ai l'impression de me trouver sur une voie unique, sans virage, ni montée. Gerulf est très présent, j'aimerais avoir plus à soutenir son regard mais il semble que mes explications l'en détournent. Je réagis d'ailleurs de la même manière quand la caméra filme mon visage, il en oublie son texte. On refait la scène un nombre de fois incroyable, je n'en peux plus. C'est si difficile de jouer assise, immobile. J'ai l'impression qu'il n y a pas de mise en scène. On ne sait rien des rushes, on vit le film au jour le jour sans commentaires extérieurs. Espérons que Ken et Kris savent ce qu'ils font.
Deuxième scène : "Le cauchemar". Dittemann se réveille en sursaut à la suite d'un cauchemar, il crie, me réveille. Gerulf a un beau regard mais le cauchemar s'évanouit avec son cri et j'ai du mal à croire qu'il va mal. Pas un regard sur moi. Suis-je si repoussante dans ma chemise-pyjama ? A la troisième prise, je me rends compte que je joue de façon absente. Je ne veux pas rater la scène. Pour retrouver la force et l'émotion nécessaires à la scène, je me convaincs que c'est moi, Fabienne et non plus Emma qui m'adresse à Gerulf qui vient d'avoir un cauchemar violent, tous deux abandonnés dans une chambre d'hôtel sordide à Cambridge, pris par le passé de leurs parents. Déclic. La scène existe.

9 novembre
Scène en extérieur. Je dois tendre un paquet de cigarettes (Marlboro please) à Dittemann. Je garde sa main dans la mienne pour lui montrer que je reste proche alors qu'il va rencontrer son père dont il connait maintenant le passé. Son père, bel homme, âgé, tremble et fume sans arrêt. Ce vieil homme me fait presque pitié. Heureusement je n'ai pas de scène avec lui. Les vrais nazis doivent lui ressembler. Homme parmi les hommes. C'est ça qui est horrible. Ne pas perdre le fil de mon action, je ne veux plus que de telles horreurs se reproduisent. Enfin, vers dix-neuf heures, nous sommes "off" et particulièrement agressifs en cette fin de semaine. Tout le monde a des poches sous les yeux. Envie de s'amuser aussi. Nous nous retrouvons au bar de l'hôtel pour boire des verres. Ken est drôle. Je l'adore. Il nous raconte ses débuts d'acteur et d'avocat. Après quelques verres, il nous abandonne. Je vais marcher quelques mètres sous la pluie qui me rafraîchit. Je tombe sur mon lit mais sans pouvoir trouver le sommeil tout de suite.

10 novembre
Dîner à Londres chez Christine, journaliste de City-limits que j'ai rencontrée à Berlin. Puis party chez Marianne dont c'est l'anniversaire. I'm dead. Trop de musique, d'alcool. Good night !

11 novembre
Retour à Cambridge, épuisée. Je dors toute la journée au Post House Hotel. Il n'y a rien de plus difficile que de dormir dans cet hôtel.

12 novembre
Sept heures et demie. Je retrouve au petit matin toute l'équipe. Nous tournons dans le parc de King's College à Cambridge. Il fait affreusement froid. Je dois essayer des chapeaux et plaisanter avec Dittemann. Ken me chipe le chapeau gris, il ressemble à un cow-boy avec. Il a froid aussi, j'ai envie de lui réchauffer les mains.

13 novembre
Scène dans l'hôtel chez Mrs Holliday. Je ne comprends pas bien l'amitié entre Emma et Dittemann. Je me demande si on se rend compte que je recherche un nazi. J'ai peur de ne pas avoir l'air très sérieuse. Peut-être Ken ne supporte pas les gens trop sûrs d'eux ?
A répéter vingt fois la même situation sans bouger, assise en tailleur, j'ai le vertige. Emma se perd au fond de moi. "I'm confused". J'ai le sentiment de la perdre. De plus en plus souvent le seul moyen de jouer une scène est de ne pas oublier :
1 - C'est à Gerulf que je m'adresse
2 - Ne pas oublier les crimes nazis
3 - Les scènes, je dois les vivre vraiment

14 novembre
Je doute que Trevor Griffiths reconnaisse le personnage d'Emma tel qu'il l'a décrit dans le scénario. Ca va de plus en plus mal. Jusqu'ici j'avais le sentiment de bouger et d'agir à ma guise. Maintenant je me sens en cage comme les animaux vus au zoo de Berlin. Suis-je singe, léopard, ourson ? Dans une autre scène, je me sens comme une "girl". Pour la première fois, en tee-shirt, les épaules nues sous le regard de l'équipe, je me sens nonchalante, grisée par les lumières qui chauffent ma peau. Nous avons très peu de temps pour faire cette scène. Ken s'occupe de tout. Il déplace la caméra, prépare les plans suivants, voit ce qu'il peut améliorer dans la scène... Ce soir, il convie les "femmes de l'équipe" à un dîner chinois. Le tournage touche à sa fin... Il y a là Gaby, la script, avec sa chevelure rousse et ses grands yeux bleus, Andrea qui porte une robe pour l'occasion, Antje et Katrin, les costumières, notre couple de Nordiques, et moi. Je n'ai pas faim, je suis épuisée par la journée de tournage et j'ai mangé un gâteau au chocolat deux heures avant, une envie de chocolat que je n'ai pas pu réfréner.
Plus tard, on m'appelle de Paris. J'apprends que je fais la couverture de Globe. Yaouh ! Je ne sais pas quelle photo a été choisie.

15 novembre
Kris me fait le plus beau compliment de tout le séjour. "The scene today was brillant" (je ne traduis pas). N'est-ce pas merveilleux d'entendre ces mots venant du cameraman ? Mais Kris est adorable. Ken semble content aussi. Le tournage est terminé... Dernière party avant de se séparer. A cette occasion, Ray et Martin, les producteurs, veulent offrir à Ken l'énorme gouda sous forme de sandwich à la fin du repas. Je leur demande de l'amener moi-même. Je l'ai porté si souvent, je ne crains pas de le laisser tomber et je veux faire une blague à Ken. Je cours dans ma chambre enfiler une mini jupe rouge, une paire de collants noirs et glisser dans mes cheveux un foulard avec un gros noeud pour faire kitsh. Quand je redescends, je reste paralysée face à l'énorme sandwich. Je fais appeler Ray. J'ai tout à coup si peur de m'avancer dans la pièce avec ma mini jupe et mon rouge à lèvres. Il doit m'aider. Alors Ray retourne dans la pièce où tout le monde est attablé et annonce qu'il y a un message pour Ken. Je frappe, demande si Mister Loach se trouve là et j'entre portant fermement le plateau avec l'énorme sandwich. Alors que je traverse la pièce, ils se mettent à siffler, non pour le sandwich mais pour mes jambes qu'ils découvrent pour la première fois. Je suis furieuse, ce n'est pas l'effet escompté. Ils devraient rire à la vue du fromage, ils rient en me regardanr marcher à petits pas avec mes talons, le noeud du foulard me tombant sur l'oeil. Je pose mon plateau devant Ken et l'embrasse sur les deux joues dans l'espoir de lui laisser deux traces rouges. Je veux qu'il soit si gêné qu'il se sente obligé de faire un speech. Il rit mais ne veut rien dire. No way. C'est Ray qui nous gratifie d'un joli discours de fin de tournage. Ken se moque de ma tenue. La soirée se termine. Je voudrais m'amuser encore. Je vais préparer mes affaires, j'ai rendez-vous à huit heures avec Ken et Gerulf pour un dernier breakfast. Last night in Cambridge.

16 novembre
C'est la plus belle journée à Cambridge depuis notre arrivée comme si l'Angleterre voulait nous laisser un éternel regret mais je n'en ai aucun, trop heureuse d'avoir participé à cette aventure qu'a représenté le tournage avec Ken, les équipes anglaises et allemandes, entre Berlin et Cambridge.
Je ne me souviens de rien, je ne sais pas comment j'ai joué, ni ce qu'on verra à l'écran...
Il ne reste plus qu'à attendre la sortie de "Fatherland".